Que faire quand un élève fait une crise en classe ?
Par Marianne Lefort · Mis à jour le
Au pic d’une crise, il ne s’agit plus de raisonner l’élève mais de mettre tout le monde à l’abri : écarter les autres du danger, réduire le public, appeler de l’aide sans quitter la classe, parler peu, attendre que la tension retombe, accompagner le retour au calme, puis écrire les faits le jour même.
Sept étapes, dans l’ordre
Les trois premières se jouent dans la même minute. Leur ordre compte quand même : un public peut attendre trente secondes, des ciseaux non.
- Sécuriser. Une seule question : qu’est-ce qui peut blesser quelqu’un dans les dix secondes ? Éloignez les autres élèves de l’objet plutôt que l’objet de l’enfant, et restez hors de portée de ses bras et de ses jambes.
- Réduire le public. Soit la classe reste et s’occupe sur une consigne courte déjà entraînée, soit l’enfant sort accompagné d’un adulte, soit la classe part chez le collègue voisin. S’il refuse de quitter la salle, ne le forcez pas : c’est le groupe qui part.
- Appeler de l’aide, tôt. Vous ne quittez pas la pièce : un signal convenu à l’avance part vers la classe voisine. L’élève ne doit « à aucun moment être laissé seul sans surveillance » (circulaire n° 2014-088), et le reste de la classe non plus.
- Parler peu. Au pic, seule la musique de la voix passe encore. Une phrase, toujours la même, sans vous rapprocher : « Je suis là. Tu es en sécurité. On attend que ça passe. » Puis le silence. Une insulte ne se relève pas sur le moment.
- Attendre la désescalade. Rester présent, hors de portée, s’asseoir une fois les objets hors d’atteinte, ralentir ses gestes, regarder l’heure. Ni négociation, ni menace.
- Accompagner le retour au calme. Proposer quelque chose qui ne demande ni effort ni parole : un verre d’eau, un mouchoir, le coin calme sous votre regard. Personne ne demande pourquoi.
- Tracer. Le jour même, quelques lignes factuelles, sans adjectif, remises à la direction : l’heure, ce qui s’est passé, ce qui a été fait, les témoins.
Ce que disent les textes
La surveillance des élèves « doit être continue et leur sécurité doit être constamment assurée » (article D321-12 du code de l’éducation). Pendant une crise, cela vaut pour l’enfant en crise comme pour les vingt autres : aucun groupe ne reste sans adulte. Courir derrière un élève qui s’enfuit en laissant la classe seule n’est donc pas la réponse ; c’est l’adulte désigné à l’avance qui part le chercher.
Quand vous craignez que l’enfant passe à l’acte contre lui-même ou contre d’autres, la circulaire interministérielle du 29 juin 2026 sur la souffrance psychique des élèves est explicite : « en cas de crainte de passage à l’acte de l’élève contre lui-même, d’autres élèves, des personnels […] un appel au 15 est réalisé ». Ce n’est ni un aveu d’échec ni une démesure : c’est la procédure. Si vous êtes deux, c’est l’adulte qui n’est pas auprès de l’enfant qui téléphone.
Les protocoles de crise varient d’un département à l’autre : demandez à la direction celui qui s’applique dans votre école, et vérifiez qu’il ne dit rien de contraire à ces étapes.
Juste après : ni sermon, ni punition à chaud, ni interrogatoire
Au sortir du pic, un enfant est épuisé, parfois honteux. « Tu te rends compte de ce que tu as fait ? » fait remonter la tension ou l’enferme dans le silence. La compréhension viendra plus tard, dans un entretien à froid.
Une éventuelle réprimande se décide une fois l’enfant apaisé, dans le cadre du règlement intérieur. Selon la circulaire n° 2014-088, les réprimandes sont « portées immédiatement à la connaissance des représentants légaux », ne peuvent « en aucun cas porter atteinte à l’intégrité morale ou physique d’un enfant », et l’on veille à ce qu’un élève « ne soit pas privé de la totalité de la récréation à titre de punition ».
Les parents apprennent la crise le jour même, par l’école, par le canal convenu avec la direction. Commencez par ce qui rassure, puis les faits, sans jugement ni diagnostic : « Il est en sécurité, il n’est pas blessé. Il a fait une grosse crise ce matin. Il est calme maintenant. » Puis proposez un rendez-vous.
Ce qui se prépare avant la première crise
- Une carte « besoin d’aide », identique dans toutes les classes, rangée près de la porte : qui vient, quels jours, qui prévient la direction.
- Deux élèves messagers, qui partent toujours ensemble, seulement si la porte voisine est visible depuis la vôtre ; sinon, le téléphone ou un code neutre convenu.
- Une classe voisine qui accueille le groupe, choisie en septembre, avec une solution de repli les jours d’absence.
- Les numéros enregistrés et affichés : 15, 17, direction, circonscription.
- Un quart d’heure en conseil des maîtres pour dérouler les étapes à voix haute, comme un exercice d’évacuation.
Quand les crises se répètent
Lorsque le comportement d’un élève « perturbe gravement et de façon durable le fonctionnement de la classe malgré la concertation engagée avec les responsables légaux », sa situation doit être soumise à l’équipe éducative, en y associant le psychologue scolaire et le médecin de l’Éducation nationale (circulaire n° 2014-088). Si le comportement est intentionnel et répété et fait peser un risque avéré sur la santé et la sécurité d’autres élèves, elle se réunit « obligatoirement et dans les plus brefs délais » (article D321-16 du code de l’éducation). Votre part : des notes datées, factuelles, et une demande écrite à la direction.
Sources
- Circulaire n° 2014-088 du 9 juillet 2014, règlement type départemental des écoles maternelles et élémentaires publiques
- Code de l’éducation, article D321-12 (surveillance des élèves)
- Code de l’éducation, article D321-16 (équipe éducative)
- Circulaire du 29 juin 2026 (NOR SFHH2611590C), orientation et prise en charge des élèves présentant des signes de souffrance psychique
Cette page informe ; elle ne remplace ni votre IEN ni un conseil juridique.

Pour aller plus loin
L’élève en crise
Pour le moment où un enfant explose en classe, et pour tout ce qui suit. 271 pages, 36 outils, e-book EPUB + PDF avec 10 fiches A4 : 14,90 €. Les deux guides : 24,90 €.